Journée d’étude sur la blockchain et ses enjeux

Une journée d’étude consacrée à la blockchain (enjeux juridiques, économiques, de sécurité et de coûts énergétiques) était organisée par l’association CREIS-Terminal le 26 mars avec le CERSA-CNRS et le laboratoire LITEM (Université Évry Val-d’Essonne, Institut Mines-Télécom Business School, et École Doctorale « Droit, Economie, Management » de l’Université Paris-Saclay).

Le programme complet figure sur le site de CREIS-Terminal.

Les présentations et animations ont été assurées par Michel Agnola, Dominique Carré, Primavera De Filippi, Samya Dhaiouir, Chantal Enguehard, David Fayon, Cédric Gossart, Alexandre Leforestier, Lucas Léger, Jeremi Lepetit, Renaud Lifchitz, Matthieu Quiniou, Dimitri Saingre, Klara Sok, Yves Surel et Geneviève Vidal.

Les concepts de la blockchain (chaîne de blocs) ont d’abord été rappelés en introduction (principes des blocs, clé de hashage, minage, base de données avec le registre historique des échanges depuis sa création, système d’égal à égal, principe du token, type de blockchain publique ou privée, preuve de travail vs preuve d’enjeu selon la blockchain, etc.), les opportunités et les limites perçues.

En remontant à l’origine et l’apparition du bitcoin en 2008 et les crypto-monnaies qui ont suivi, les intervenants ont montré les pans colossaux d’usages (santé, éducation, supply chain, art, etc.) avec notamment les smarts contracts qui exécutent un code informatique lorsque des conditions sont satisfaites.

La figure qui suit montre quelques exemples d’usage de la blockchain.

Différents aspects de la blockchain, exemple de l'art et certification des oeuvres, bitcoin et exemple de token

Renaud Lifchitz, Directeur Scientifique chez Holiseum, a insisté sur les spécificités dans l’approche de la sécurité et comment les aborder dans tout projet blockchain. Il a par exemple montré que l’on pouvait concilier blockchain et RGPD et notamment le droit à l’oubli. C’est, pour faire simple, analogue à l’effacement d’un compte Gmail par Google. Ou encore la possibilité de connaitre les adresses des entreprises majeures, cf. https://www.walletexplorer.com par exemple (avec un nom de domaine, il est possible d’avoir accès aux adresses et donc aux transactions de ces acteurs) par rapport aux risques de blanchiment. Ou encore il a souligné que de nombreux usages ne justifient pas la blockchain, par exemple bitcoin est limité à 3-7 transactions par seconde, Ethereum à 7-15, ce qui ne permet pas de vote à grande échelle aujourd’hui. Tout comme pour l’intelligence artificielle, la blockchain n’est pas une panacée.

Il existe plusieurs assurances blockchain lesquelles peuvent vous rembourser si un smart contract que vous utilisez est piraté, par exemple : https://nexusmutual.io, ainsi que des tribunaux décentralisés d’arbitrage comme https://kleros.io.

Le domaine des arts visuels et des questions de propriété intellectuelle a été l’occasion d’échanges nourris entre Primavera de Filippi du CERSA-CNRS et Matthieu Quiniou, docteur en droit. Ont été abordés la question des preuves d’antériorité sur leurs œuvres avec l’horodatage décentralisé, de publication de leur travail en conservant leur anonymat ou pseudonymat grâce à la preuve à divulgation nulle de connaissance, de créer de la rareté sur des œuvres numériques sans supports traditionnels avec des jetons non-fongibles, de fractionner et “titriser” leurs droits d’auteurs (c’est-à-dire de les transformer – à l’image des actifs financiers – en droits d’auteurs qui soient liquides et cessibles) ou encore d’automatiser la distribution des redevances et du paiement du droit de suite avec les contrats intelligents. La blockchain est de nature à ubériser le marché de l’art (galeristes, commissaires-priseurs, etc.).

Klara Sok, senior manager au Blockchain Lab de PwC, a pointé le double mouvement combinant désintérmédiation et réintermédiation des circuits financiers par des acteurs dominants ainsi que l’apparition de nouveaux intermédiaires intervenant dans les infrastructures informatiques mises en place et les chaînes de valeurs économiques. Les enjeux se situent au niveau du contrôle des flux financiers et de la surveillance numérique des citoyens. Le développement des « stablecoins » (crypto-monnaie en parité avec la valeur d’un autre sous-jacent, notamment de la monnaie fiat – décrétée par l’Etat ou la Banque centrale – à valeur officielle) par les banques centrales (par ex. Chine, Royaume-Uni, Suède, etc.) devrait par ailleurs accélérer ce processus et entraîner une accélération de la transformation des infrastructures d’échanges financiers et de leurs modes de surveillance par les autorités régulatrices et de supervision financière. Le lien entre intermédiation et surveillance administrée est pointée. Klara parle de pan-numérisation ou utilisation étendue du numérique.

Lucas Léger, chef économiste chez Jax.Network, doctorant au CNAM, va dans ce sens et indique que ces technologies distribuées tendent vers deux approches opposées à long terme : d’une part la gestion individualisée de ses données, d’autre part une surveillance généralisée, en particulier au niveau des paiements et micro-paiements.

Alexandre Leforestier, CEO de Panodyssey, a pointé la nécessité de construire un modèle européen plaçant les créateurs au centre de la valeur face à l’hégémonie des GAFAM et la nécessaire régulation (contenu illicite, données personnelles, abus de position dominante, fiscalité) et notamment la paupérisation des créateurs qui en résulte. Et compte beaucoup sur le Digital Service Act et le Digital Market Act européens avec aussi les aspects éthiques de la propriété intellectuelle et de la juste rémunération des créateurs, des formules d’abonnement individualisé pour mieux rémunérer les ayant-droits.

L’impact énergétique a été souligné par Jérémi Lepetit, CEO de Retreeb et repris ensuite par Dimitri Saingre, doctorant à IMT Atlantique.

Lors des échanges quelques liens intéressants ont été partagés tels que :

– Rapport du Sénat, 2018 Comprendre les blockchains : fonctionnement et enjeux de ces nouvelles technologies : https://www.senat.fr/notice-rapport/2017/r17-584-notice.html ;

– Thèse en préparation de Samya Dhaiouir : Adoption et impact de la Blockchain dans la transformation digitale de l’industrie 4.0 et de la Supply-chain : Qualité, sécurité et gouvernance des ‘smart contracts’ : https://www.theses.fr/s267945 ;

– Pour les applications décentralisées : https://www.stateofthedapps.com/fr ;

– Evolution du cours Ethereum : https://www.ethereumcours.com/ ;

– Pour la consommation énergétique du bitcoin : https://digiconomist.net/bitcoin-energy-consumption/

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