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Jan 30

3 questions à … Yannick Landais

Interview de Yannick Landais

1. Le développement actuel des NTIC en île de France répond-il suffisamment aux attentes des citoyens ? Quel avenir voyez-vous pour les Espaces Publics Numériques (bibliothèques, cybercafés, etc.) notamment pour l’aide à la population qui subit la fracture numérique (seniors, classes défavorisées, TPE et petite PME qui ne sont pas connectées) ?

Notre observation régulière du Web Public Territorial depuis 5 ans montre une forte évolution de la présence des collectivités sur le net. Pour mieux mesurer cette présence a été mis en place un observatoire qui fait un état des lieux exhaustif et mesure les résultats des actions qui ont été menées. Elle classe les sites en 5 catégories croissantes (1. site vitrine, 2. site vitrine enrichi, 3. site informationnel, 4. site interactif et 5. portail Internet citoyen). Dans le site informationnel on trouve l’ensemble des informations administratives et locales facilitant la vie des citoyens. Le portail Internet citoyen doit permettre d’effectuer des démarches complètes sans être obligé de se déplacer physiquement, à l’image du portail www.administration24h24.gouv.fr mais au niveau local.

Il y a 5 ans, 72 % des sites étaient de classes 1 et 2. Aujourd’hui la tendance s’est inversée. Par contre, on note encore une forte disparité entre les communes des départements de la 1er couronne et celles au-delà : plus on s’éloigne de Paris, plus on observe des sites de première génération peu capables d’évoluer. Avec les usages du Web 2.0, on commence à constater l’apparition sur différents sites (à partir du niveau 4) de modules qui favorisent la mise à disposition d’information complémentaires et l’interactivité avec les citoyens. On peut toutefois regretter le peu de réels services en ligne permettant d’effectuer une démarche de A à Z sans se déplacer avec interrogation des bases de données métier.

En ce qui concerne les Espaces Publics Numériques, lors de leur apparition, il y a 5 à 8 ans, on pensait qu’ils avaient, pour ces lieux, une espérance de vie limitée. Une fois qu’Internet serait largement utilisé, ils disparaîtraient. On constate aujourd’hui, qu’ils ont toujours leur place et sont même appelés à se développer. Les EPN n’ont pas seulement un rôle d’initiation à Internet, ils permettent de découvrir de nouveaux usages et apportent un niveau de perfectionnement aux personnes connectées chez eux, sans oublier le rôle de lien social apporté par ces espaces et d’accompagnement pour les demandeurs d’emploi. On constate un réel besoin de micro-formations pour mieux comprendre les nouvelles applications et les nouveaux usages qui apparaissent chaque jour. Sociologiquement on note une évolution, alors qu’initialement se sont plutôt les jeunes qui se rendaient dans les EPN ; à présent nous voyons davantage de personnes du 3ème âge qui viennent aussi pour se mettre à niveau afin de maintenir le contact avec leurs petits-enfants.

D’autre part, les Espaces Numériques de Travail qui permettent de mettre en relation élèves, professeurs et parents sont pour leur part expérimentés en Ile-de-France dans une quinzaine de lycées. Une généralisation dans l’ensemble des 500 lycées franciliens devrait débuter fin 2008/début 2009. Pour que tous les parents concernés puissent accéder à internet, il sera nécessaire de vérifier, si à proximité des lycées, il existe des EPN capables de recevoir les parents d’élèves qui ne disposent pas d’un accès à Internet à domicile. Il en est de même pour les TPE et petites PME d’autant plus qu’elles seront les premières utilisatrices des nouveaux services dans la mouvance du Web 2.0. On est plus dans une logique de développement et de couverture d’un territoire numérique. Les EPN ont une importance tout aussi grande que naguère mais se pose un problème de financement. Le soutien de l’État dans le fonctionnement des EPN, notamment à travers le financement des emplois jeunes et des réseaux des Espaces Cultures Multimédia et des Points Cyb, disparaît progressivement. Les collectivités territoriales sont donc obligées d’assumer ce coût d’exploitation.

2. Comment l’ARTESI Ile-de-France accompagne-t-elle les élus et agents territoriaux pour leur donner la culture Internet ? Quels projets majeurs vont être menés par l’ARTESI en 2008 ?

Les missions initiales d’ARTESI Ile-de-France consistaient à aider les Collectivités locales franciliennes à comprendre cette « culture internet » et à proposer des services en ligne aux citoyens. Dans ce cadre, nous accompagnons les collectivités locales en leur apportant différents outils (Observatoire, cahier des charges types pour la réalisation d’un site internet, qualification des prestataires de service, etc.) et en organisant des cycles de rencontres et d’ateliers sur la mise en œuvre et l’animation des sites internet.

Il y a quelques années, nous avions choisi d’axer nos actions sur la mise en place et l’évolution des sites internet et portails citoyens des collectivités afin de sensibiliser les élus sur cette nouvelle culture internet. Cette étape étant franchie, il est maintenant temps d’avoir une réflexion et une approche plus globale, et notamment afin de présenter aux citoyens un guichet unique permettant d’accéder à l’ensemble des services en ligne, mais les logiciels métiers ne sont pas encore au rendez-vous.

L’apparition des services en ligne de type Web 2.0 est révélatrice de ces changements profonds, tant au niveau de l’implication des internautes que de l’architecture des applications. Notre objectif pour 2008 est de donner envie à chaque acteur public francilien de comprendre les enjeux et d’avoir envie d’appliquer ces nouveaux services et usages dans son activité de tous les jours. Dans cet objectif, nous organisons actuellement une série de huit ExplorCamps du Web 2 Territorial pour permettre aux acteurs TIC publics de notre région de réaliser ces premiers pas. Au cours de 2008, nous poursuivrons également notre veille sur les usages Web 2.0 et sur les mondes virtuels à partir du Métalab3D, plate-forme d’expérimentation sur l’île « Paris Ile-de-France » dans Second Life que nous mettons à disposition des territoire français pour tester et mettre en oeuvre leurs projets.

3. Enfin vous avez fortement participé à l’organisation de la dernière édition des rencontres des acteurs de l’internet à Autrans. Pourquoi cette implication et quel bilan faites-vous de l’édition 2008 ?

Créées en 1997, les rencontres d’Autrans sont la plus vieille manifestation internet en France et ARTESI Ile-de-France y participe depuis de nombreuses années. Bruno Oudet est à l’origine de ces rencontres et souhaitait passer le relais. Vous connaissez mon engagement pour favoriser la mutualisation et le travail collaboratif, c’est tout naturellement que j’ai accepté d’être Vice-Président de l’association RESO pour faire en sorte que ce lieu d’échange et de partage puisse continuer à être le rendez-vous annuel de tous les acteurs de l’Internet.

L’édition 2008 a été un très bon cru avec près de 300 participants sur place et 1 300 connexions sur la Web TV et sur Second Life, un public renouvelé, plus jeune et plus diversifié, une formule encore plus collaborative et pratique et notamment avec l’organisation de deux ExplorCamps d’Autrans et une préparation des plénières et ateliers très collaborative sur le Wiki.

Dans la logique des usages Web 2.0 qui ont été très largement présentés pendant des trois jours d’Autrans, nous lançons actuellement un espace innovant et interactif pour faire remonter les avis et suggestions des participants.

30 janvier 2008

Yannick Landais est Délégué Général ARTESI Ile-de-France.

Yannick LANDAIS œuvre pour le développement de la société de l’information dans les collectivités locales à des fins de service public en accompagnant les élus et agents territoriaux dans le processus d’appropriation d’une culture internet indispensable pour faire des choix éclairés dans le développement des territoires numériques citoyens. Il est vice-président de l’association RESO qui gère les Rencontres d’Autrans et est responsable des 3 prochaines éditions. Il participe au réseau R3I, à la commission TIC de l’ARF et de l’AMIF, aux associations OTEN et CREATIF.

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