Sélection de 12 livres au rayon numérique pour l’été

Que ce soit sur la plage, à la montagne ou ailleurs, quoi de plus naturel que de prendre du recul pour ceux qui seront en vacances cet été sur la société et l’économie numérique. Voici une sélection de 12 livres récents tels 12 signes du zodiaque dans laquelle l’IA et les algorithmes se taillent la part du lion et dans des registres complémentaires. Bonne lecture accompagnée d’une ou plusieurs boissons fraîcheur.

Sélection de livres pour l’été côté numérique et intelligence artificielle

Vers une société apprenante ? Sciences cognitives gouvernance IA territoires apprenants

Vers une société apprenante ? Sciences cognitives gouvernance IA territoires apprenants d’Alain Bouvier paru aux Editions du Panthéon commence par revenir sur l’évolution de la théorie des organisations en intégrant des travaux sur l’épistémologie de la complexité pour penser une société apprenante. C’est un bon tour d’horizon qui passe également par les adhocraties et les organisations en réseau. Les systèmes apprenants sous vus sous le prisme des travaux sur l’apprentissage organisationnel puis leurs conséquences pratiques pour le management des systèmes complexes et leur évolution. Un système dit intelligent est défini (page 78), les processus, les boucles, les 4 modes de conversion des connaissances sont expliqués. Les questions de gouvernance sont alors traitées avec un petit focus sur l’intelligence artificielle qui aurait gagné à être développé (avec une analyse partisane de l’auteur un peu caricaturale quant à l’orientation des IA qui ne sont certes pas neutres) pour finir par les villes intelligentes (datapoles vs paricipoles) et les territoires apprenants qui sont des cas d’usage pertinents avec des cas concrets (Montréal, Grand Paris, etc.). L’épilogue est un plaidoyer pour une société apprenante.

L’intelligence naturelle – Quand le génie du vivant surpasse l’IA

L’intelligence naturelle – Quand le génie du vivant surpasse l’IA de Didier van Cauwelaert chez Fayard prend le contre-pied des discours qui portent au pinacle l’IA et décrit les miracles de l’intelligence naturelle qui comprend les végétaux, les bactéries, les animaux et même les formes d’intelligence sans cerveau et toutes les autres formes (prémonitoire, créatrice, hypnotique, extra-terrestre, etc.). Il rejoint la problématique du livre Le péril IA et pose la question « Voulons-nous être à jamais soumis à des outils connectés qui agiront et penseront à notre place, ou redécouvrir notre connexion naturelle au monde et à nos ressources intérieures ? ». Un brin nostalgique de Teilhard de Chardin, il s’oppose à Laurent Alexandre et Yuval Noah Harari. C’est une mine d’information y compris pour les partisans de l’IA car l’auteur partage une culture variée et vulgarisée avec la nature et les phénomènes surnaturels également même si ces derniers sont un peu hors sujet.

L’intelligence de se transformer face aux algorithmes

L’intelligence de se transformer face aux algorithmes de Michaël Raimon chez La sirène aux yeux verts commence fort : « L’usage intensif des nouveaux outils numériques nous transforme profondément, insidieusement, à notre détriment. Il ne s’agit pas de perdre quelques heures de sommeil, de méconnaître les classiques de la littérature ou de prendre quelques kilos par manque d’activité. Il ne s’agit pas simplement de laisser une application nous suggérer une série à regarder, une musique à écouter, une route à emprunter. Il s’agit d’une transformation profonde, structurelle, qui détériore notre personnalité et nous affaiblit pour tous les aspects de nos vies, du plus insignifiant au plus essentiel. ». Il s’agit en effet de s’interroger sur l’impact des innovations numériques sur nos vies sachant que « La perte de temps à scroller (Instagram, TikTok, Facebook, X…) ou le gain de temps dans les embouteillages (Waze, Google Maps, Coyote…) ne sont que la partie émergée de l’iceberg. Le plus important est la partie immergée. C’est elle qui a fait couler le Titanic et c’est elle qui peut détruire notre humanité, individuellement et collectivement. ». A cet effet, il convient de passer du « Connais-toi toi-même » de l’Antiquité au « Transforme-toi toi-même » contemporain. Les exemples sont légion : le GPS n’a pas amélioré notre sens de l’orientation, les calculatrices n’ont pas amélioré nos capacités de calcul, les régulateurs de vitesse n’ont pas eu d’impact sur les réflexes des conducteurs, les SMS n’ont pas musclé nos capacités rédactionnelles, etc. On assiste même à une baisse du QI de la population.

Les références sont nombreuses, philosophiques ou sociologiques (Bouddha, Deleuze, Edgar Morin, Nietzsche, etc.) mais émanent aussi du vécu de l’auteur. L’ouvrage est structuré dans le rapport à la transformation au fil des chapitres (pourquoi, quand, comment) sachant que notre plasticité cérébrale le permet.

Notons quelques réflexions comme « Est-ce qu’une intelligence artificielle serait capable d’inventer un nouveau courant artistique ? ChatGPT, Perplexity ou Claude pourraient-ils inventer le romantisme, le cubisme ou le rap ? Nous pouvons leur demander d’écrire ou de créer quelque chose « dans le style de mais » comment demander à une IA d’inventer un nouveau style ? ». Et surtout pour contre-balancer les IA, la théorie des intelligences multiples, « proposée pour la première fois par Howard Gardner en 1983 » selon laquelle « il existe plusieurs types d’intelligence chez l’enfant et l’adulte. » et que « d’autres intelligences restent inaccessibles à l’intelligence artificielle et feront la différence dans les années ou décennies à venir : les intelligences en A-R-C-A-D-E : attentionnelle, relationnelle, créative, adaptative, décisionnelle, émotionnelle. » On pourra aussi dans cette logique de se transformer se référer en annexe aux douze piliers de la sagesse et prendre du recul pour effectuer l’introspection sur soi.

Informez-vous !

Informez-vous ! de votre serviteur chez L’éditeur à part analyse les grands défis contemporains : géopolitique, démocratie, révolution numérique. Ceci est d’autant plus crucial que nous vivons une crise plurielle et durable qui menace nos équilibres alors que se profilent en France les élections de 2027. Dans le monde où des avantages compétitifs notables ont été au fil de l’histoire liés à des apports technologiques et leurs usages, le rôle de l’information est central comme source de pouvoir et de décision. Il l’est encore plus que naguère dans un monde où tout s’accélère avec l’IA et il convient d’agir vite avec de surcroît une quantité d’information qui croît de façon exponentielle, ce qui rend le jugement critique indispensable. Celui-ci suppose profondeur d’analyse, pratique et solide culture générale pour établir des liens entre des domaines de connaissance complexes. C’est aussi là où l’humain expérimenté peut avoir une valeur ajoutée par rapport aux IA ou par rapport à l’humain moins érudit. Les libertés durement gagnées sont menacées (on le voit dernièrement avec l’interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans ou l’euro numérique avec toujours des prétextes louables – protection de l’enfant, solution de paiement souveraine – pour in fine réduire les libertés ou mieux contrôler la population). Outre les clés de compréhension pour les citoyens et les décideurs, des propositions sont faites pour être plus efficient et participer à un monde meilleur.

Apprivoiser l’IA en famille

Apprivoiser l’IA en famille de Sébastien Seguin et préfacée par Axelle Desaint (Internet sans crainte) chez DBS est structuré en 3 parties : la découverte de l’IA générative, l’IA au service de la vie de famille et des ados puis le développement des talents et de l’esprit critique. Déjà dans la préface, Axelle enfonce le clou « Il n’y a pas besoin d’être spécialiste du numérique pour accompagner son enfant. Ce qui compte, c’est d’être présent, d’ouvrir le dialogue, de créer un cadre partagé où chacun peut poser ses questions, exprimer ses doutes, explorer et réfléchir ensemble ». Dans la première partie on mesure à quel point les progrès de l’IA peuvent permettre une éducation personnalisée, spécifique à chaque élève. C’est la 4e vague après la calculatrice, l’ordinateur et Internet. Les concepts sont expliqués simplement (analogie entre le fonctionnement du cerveau qui ressent et l’IA générative qui ne pense pas ni ne ressent). Les exemples sont plus orientés ChatGPT et Dall.E toutefois même si les autres principaux outils sont évoqués. Les apprentissages supervisés, non supervisés, par renforcement (progresser par essai et erreurs) sont évoqués. Des conseils pour les parents et des jeux en famille sont proposés avec aussi les limites des IA dont les hallucinations. La 2e partie évoque la création d’un QG numérique pour la famille avec une dizaine de fiches pratiques. La 3e partie traite de la curiosité et du discernement et des enjeux éthiques et de sécurité avec le nécessaire esprit critique à développer.

Vers une IA frugale

Vers une IA frugale du trio Alice Drahon, Rémy Marrone et Vincent Courboulay aux éditions Eyrolles traite pourquoi il faut se focaliser sur l’empreinte environnementale du numérique dans les entreprises, comment intégrer l’IA de façon frugale dans l’entreprise et des conséquences organisationnelles de l’intégration de l’IA avec une approche frugale qui peut être un levier « d’équité sociale » en interne. La page 12 est un peu infantilisante sur comment lire ce livre. Comme tout livre sur l’IA celui-ci revient sur les différentes étapes jusqu’aux IA génératives. L’adoption massive est analysée avec le phénomène du shadow AI ainsi que l’écosystème IA en France, la géopolitique associée (GPU, datacenters). La gouvernance des données est un préalable avant de parler solution et pour celle-ci, des choix sont à effectuer (infrastructure, processeurs, modèles d’IA). Le questionnement à réaliser avant d’intégrer une IA car souvent on n’a pas besoin d’un marteau pour écraser une mouche puis les choix (SLM vs LLM, RAG, importance du fine-tuning, etc.). On passe dans la recherche d’efficience. Au global, il s’agit plus d’avoir un éclairage avec les implications selon les rôles occupés au sein d’une DSI plutôt que de mettre en place une contrainte de plus au niveau SI avec, ce qui prime, le bon sens par rapport aux usages responsables.

Pourquoi l’IA fragilise la démocratie et comment y remédier

Pourquoi l’IA fragilise la démocratie et comment y remédier de Mark Coeckelbergh chez Hermann part du constat que la polarisation s’accroît dans les démocraties mais aussi les menaces sur la liberté d’expression (qui sont également réelles dans les pays dits démocratiques : « les démocraties occidentales ne sont pas immunisées contre cette évolution »). Le lien est fait entre IA et menace pour les démocraties alors même que d’autres causes sont également à intégrer : la crise plurielle, la décroissance, etc. « L’idée d’une IA prenant le contrôle du politique n’appartient plus seulement à la science fiction. Elle a été employée durant la pandémie de Covid-19, souvent de manière peu démocratique ». L’avenir de ces technologies qui nous gouvernent se décide dans les laboratoires et les salles de conseil de la Silicon Valley. L’ajout de la Chine qui est l’autre empire numérique est bienvenue : « En Chine, l’Etat joue un rôle bien plus direct dans l’orientation du développement technologique, mais le résultat est le même : la politique des technologies n’est pas démocratique ». L’auteur revient certes sur la démocratie depuis les Grecs et les Romains en passant par le siècle des Lumières. L’auteur parle du populisme d’extrême-droite auquel il conviendrait de rajouter celui d’extrême-gauche. Le travail est intéressant, les références philosophiques solides mais le contexte économique et social qui conditionne la montée des extrêmes et du populisme (telle l’hyperinflation de la République de Weimar alliée à l’humiliation de l’Allemagne avec le traité de Versailles ayant permis la montée du nazisme avec le bouc-émissaire) pas assez pris en compte. Oui l’IA peut fragiliser la démocratie mais ce n’est qu’un aspect. Les questions de la sur-régulation, de la censure, du DSA gagneraient à être intégrées.

La cybersécurité expliquée à mon boss

La cybersécurité expliquée à mon boss d’Hervé Kabla est structurée en 12 chapitres pour un sujet qui prend de l’ampleur comme en témoignent l’explosion des rançongiciels, hameçonnage ainsi que l’automatisation des attaques, certaines tirant partie de l’IA, etc. L’auteur revient sur l’évolution des menaces depuis 2010 et ce que le Covid a changé avec des menaces comme celles du phishing qui sont devenues davantage crédibles.

De nombreux exemples sont déroulés avec des encadrés, les essentiels numérotés pour le dirigeant pressé (45 au total). Les variantes des attaques sont décrites. Les normes de sécurité sont présentées succinctement (ISO 27001, NIS2, etc.). Quelques témoignages agrémentent la lecture de l’ouvrage qui se termine par un glossaire complet.

En 3 parties, nous avons des exemples qui sont déroulés comme celui du mécanisme d’un rançongiciel (1. Infiltration grâce à des identifiants volés ou des failles non corrigées, souvent repérées par des outils automatiques qui balayent Internet à la recherche de la moindre faiblesse exploitable ; 2. Préparation une fois à l’intérieur, les cybercriminels cartographient le réseau, neutralisent les sauvegardes et volent les données sensibles ; 3. L’impact : une fois qu’ils contrôlent tout, ils déclenchent la charge qui chiffre les fichiers et remplace les écrans par la notification d’une demande de rançon)

Le livre est plus pour les décideurs et les personnes confrontées aux cybermenaces, c’est-à-dire en fait tout le monde et qui veulent avoir une vue d’ensemble, que pour les RSSI à proprement parler. La lecture est salutaire et bien à jour avec également l’intégration du risque humain.

Sous l’emprise du code

Sous l’emprise du code, sous-titré Comment le numérique menace la souveraineté des Etats de Nouamane Cherkaoui paru aux Editions de l’éclaireur commence par rappeler que l’univers numérique est « beaucoup plus large que les seuls algorithmes, plateformes, réseaux sociaux, cloud, intelligences artificielles, normes techniques, etc. » et qu’ « Il englobe des infrastructures matérielles, telles que les câbles sous-marins, les serveurs, les centres de données et les satellites en étant lié à la géopolitique des ressources et à la capacité manufacturière ». Aussi la souveraineté numérique est un enjeu majeur qui devient « une question politique majeure, une affaire de choix collectifs, qui dépasse souvent les frontières d’un seul pays et dont doivent se saisir les décideurs politiques, les citoyens, les chercheurs, les développeurs, les collectivités, les communautés, les villes et les entreprises. » Il serait vain de viser une indépendance totale mais plutôt de choisir ses combats en fonction de ses valeurs. Nouamane rappelle que « Dans l’Union européenne, la réglementation seule ne suffira pas à rétablir l’équilibre dans un jeu déjà dominé. Nous avons besoin d’innovation, de formation, d’audace, de partenariats judicieux et d’investissements stratégiques pour construire un avenir numérique qui nous ressemble et qui ne soit pas déterminé par d’autres. »

La partie 1 aborde les nouveaux empires numériques (l’algorithme – source de pouvoir avec les biais algorithmiques qui n’est rien d’autre que la réplication et l’amplification de structures sociales préexistantes -, les plateformes qui sont de véritables technopoles avec la dépendance aux GAFAM en citant le terme de technopolitique d’Asma Mhalla, les puces qui constituent une bataille (avec TSMC dépendant d’ASML aux Pays-Bas pour la finesse de gravure des puces), les infrastructures (cloud, câbles sous-marins, satellites). La partie 2 traite du monde numérique en voie de fragmentation (IP vs new IP en Chine) avec 4 scénarios pour 2035 évoqués qui me font penser à ceux que j’avais dressé dans mon livre Géopolitique d’Internet – qui gouverne le monde ?, la désinformation et la cyberguerre, les conflits asymétriques. Enfin la partie 3 est une réflexion sur la possible reprise du contrôle même si le travail est titanesque pour l’Europe. Les communs numériques sont évoqués. Il est intéressant que la Cour des comptes pointe que la souveraineté numérique entraînera des dépenses additionnelles, selon une fourchette allant de 25 % à 40 % par rapport à une solution technologique traditionnelle. Ceci est réducteur car les alternatives peuvent résider dans des solutions open source et que l’orientation des achats publics et privés vers des solutions souveraines que je défends depuis longtemps (la commande publique forte aux Etats-Unis du reste) permettront de réduire les coûts par la massification.

Comparaison des modèles de souveraineté numérique, Etats-Unis, Chine et Europe

Notons quelques punchlines comme « Nous ne sommes plus gouvernés par la loi, mais par la probabilité », ce qui est le fonctionnement même des LLM, « Nous ne sommes plus considérés en tant qu’êtres humains, mais traités comme des « profils » », ce qui est le propre des plateformes ou encore « Les pays ne disposant pas d’infrastructures souveraines ou d’alliances stratégiques risquent de rester durablement dans une dépendance cognitive. »

L’auteur après, avoir analysé le modèle américain, rappelle les 4 principes du modèle chinois
1) le filtrage massif des contenus étrangers (Google,
Facebook, Twitter, WhatsApp, YouTube, Wikipédia) en tout ou partie, bloqués ;
2) le développement d’alternatives nationales soutenues par l’État : Baidu pour la recherche d’informations (ce qui est partiellement vrai, la clef d’entrée étant les super-App WeChat et AliPay y compris pour rechercher des informations contrairement à Google et de plus en plus les LLM chez nous), WeChat pour la messagerie et les paiements, Alibaba pour le commerce en ligne, Weibo pour le microblogging et Bilibili pour les vidéos ;
3) une réglementation stricte imposée aux plateformes nationales qui doivent assurer la modération ;
4) la délégation de la surveillance et de la censure des contenus aux plateformes elles-mêmes, tenues d’assurer la modération et la traçabilité des utilisateurs.

Puis il expose le modèle européen avec la puissance normative ou la régulation sans infrastructure en citant des initiatives comme Gaia-X et l’arsenal législatif RGPD, DSA, etc. Les autres puissances numériques, Inde, Russie, Brésil, Afrique sont également étudiées plus succinctement il est vrai.

Machines éternelles sous-titré L’IA peut-elle prendre soin de nous ?

Machines éternelles sous-titré L’IA peut-elle prendre soin de nous ? est le dernier livre de Serge Tisseron au PUF. Fidèle à son approche mêlant analyse clinique, anthropologie et critique des usages numériques, l’auteur explore la montée en puissance des compagnons virtuels – chatbots, et agents conversationnels des IA génératives – qui s’immiscent progressivement dans notre quotidien affectif. Utilisés par les jeunes en tant que compagnons virtuels, ils peuvent présenter des dangers en s’immisçant dans la vie intime. En étant des simulacres relationnels, ils ont une emprise sur notre imaginaire et notre liberté et induisent un attachement dangereux car les IA vont dans notre sens et favorisent l’addiction (les IA étant conçues pour maximiser l’engagement plutôt que pour préserver l’autonomie psychique). Le psychiatre qui s’est très tôt intéressé à la question des réseaux sociaux montre que ces outils « doudou 2.0 » sont à la fois rassurants mais potentiellement aliénants. Une étude citée page 167 publiée en 2025 par le MIT quant à la comparaison faite pour un travail demandé à 3 groupes (délégué à une IA, via Google et sans aucune aide). La conclusion est sans appel « les compétences intellectuelles que nous aurions pris l’habitude de déléguer à nos chatbots seraient menacées de s’amenuiser ». L’ouvrage pointe le risque majeur de la préférence croissante de l’IA, solution de facilité, de disponibilité et d’absence de friction éventuelle, que l’humain. Il interroge in fine sur l’illusion d’une IA qui « prend soin » alors que celui-ci suppose une réciprocité, une altérité et une responsabilité non endossables par la machine.

Le péril IA

Le péril IA de Gilles Babinet chez Le passeur sous-titré Devenir des machines ou rester vivants ? est un petit livre clair qui se lit facilement. La thèse est simple, après les premières civilisations humaines voici 6 000 ans, les 2 voies sont devenir des machines ou redevenir des humains. Il rappelle que le temps préhistorique est celui du monde symbolique alors que le temps historique celui des raisonnements avancés et que tout s’est accéléré avec une fraction du temps très faible pour le temps historique finalement. « Les inductions économiques, sociales, politiques, géopolitiques et cognitives de l’IA poussant à cette assimilation sont considérables ». Gilles parle de question de survie de l’humain et de l’impact sur le travail. Et aussi d’un monde où l’IA serait amenée à prendre des décisions à notre place, à devenir un facteur central de l’organisation économique et sociale. Ceci pose la question de la cohabitation avec la machine. Voulons-nous être assimilés ou alors diverger ? Ceci nécessite de définir le champ de l’enjeu. Il évoque les menaces : contenus trompeurs, cyberattaques, opacité des modèles. La Silicon Valley profite de la peur pour financer des rêves. Il questionne sur le partage de la valeur dans un monde automatisé : va-t-elle pour l’utilisateur de l’IA ou pour les entreprises qui conçoivent et vendent les IA ? Et quid dans ce cadre de la question du revenu universel. Nous sommes bercés dans l’illusion d’une objectivité algorithmique alors que nous courons un réel danger des algorithmes qui gouvernent nos émotions et même nos votes. L’art et les ruptures dans l’art (Bach, Van Gogh, Picasso, etc.) serait une des dernières frontières de l’humanité.

Notre cerveau sous influence

Notre cerveau sous influence sous-titré comment les IA génératives modèlent nos émotions et façonnent nos sociétés de Nadaia Guerouaou est paru chez Eyrolles. Exemples à l’appui, les algorithmes sans toucher au fond modifient la forme (émotions faciales et vocales retravaillées, par exemple un client mécontent et dont la conversation est enregistrée au téléphone dont le ton va être aseptisé). Avec des faux sourires, le façonnement se fait à notre insu. L’apport des neurosciences qui s’invitent dans les IA est alors précieux pour avoir un éclairage quant aux manipulations dont nous sommes parfois inconscients. En dénaturant nos émotions la société est refaçonnée différemment. Tout a commencé avec les selfies, les filtres d’Instagram, définissant un visage idéal (celui générant le plus de like par ailleurs). L’auteure parle d’une 3e forme d’anthropotechnie dans les années 2000 pour la transformation de soi. On a même une menace pour les jeunes générations, le développement affectif sous filtre. Cette normalisation par l’IA est potentiellement dangereuse avec un alignement sur les attentes de l’algorithme des machines. On le voit lorsque l’on prend une photo où l’on doit adopter une certaine posture pour être reconnu/validé. L’apport des neurosciences est un éclairage intéressant car l’IA est au carrefour de nombreuses disciplines faut-il le rappeler.

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