Je visitais avec mon fils le WE précédent le musée de minéralogie de l’École des Mines de Paris.
C’est une bonne occasion de rappeler l’importance stratégique des composants pour la production de smartphones et notre grande dépendance à la Chine et à beaucoup de pays du Sud. Nous pouvons citer la République Démocratique du Congo pour l’extraction du cobalt et du tantale, longtemps considéré comme un minerai de conflit (même si la traçabilité a progressé depuis les années 2010). Ce dernier reste un matériau essentiel et particulièrement critique même s’il est moins problématique que le cobalt dans les volumes utilisés. Le cobalt est d’ailleurs majoritairement raffiné en Chine. Les anciens empires coloniaux français et britanniques ont perdu de leur influence au détriment des États-Unis et de la Chine en Afrique, lesquels exploitent le continent avec une nouvelle forme de colonisation pernicieuse alors que nous ne pouvons que déplorer le travail des enfants et les conditions d’extraction et de pollution parfois extrêmes.
Nous avons aussi la Chine, la Russie et l’Australie pour l’or qui, en quantité infinitésimale, est indispensable pour la qualité électronique des équipements. Notons également la Chine pour l’aluminium qui n’est pas une ressource rare (même si on trouve de la bauxite dans le Var – le nom provenant des Baux-de-Provence pour les aficionados – et aussi en Australie, en Guinée et au Brésil) mais la Chine dispose d’une capacité industrielle considérable pour le raffinage car elle dispose d’une énergie bon marché (charbon) et excessivement polluante… Par ailleurs la production d’aluminium primaire est très énergivore. Nous avons aussi le lithium en Australie, au Chili et en Chine pour l’extraction alors que l’Empire du Milieu détient 60 % du raffinage mondial. On pourra observer que nous disposons de nickel en Nouvelle-Calédonie (avec une montée de la production en Indonésie désormais premier producteur mondial où il revient moins cher à produire) et que celui-ci est nécessaire pour les batteries lithium-ion mais aussi pour les revêtements anti-corrosion et alliages pour certaines pièces métalliques.
Concrètement, les minerais proviennent essentiellement d’Afrique, d’Australie ou d’Amérique du Sud mais la valeur ajoutée et le pouvoir géopolitique se situent dans les étapes industrielles, où la Chine est ultra-dominante. C’est là que nous avons une véritable dépendance et une absence de souveraineté car celle-ci est plurielle et s’étend des composants aux logiciels, aux données et à l’IA.
En effet, la Chine contrôle :
- plus de 70 % du raffinage du cobalt
- plus de 60 % du raffinage du lithium
- plus de 80 % de la production mondiale de batteries lithium-ion, ce qui fait qu’avec la transition imposée vers le véhicule électrique plus coûteux nous passons d’une dépendance aux pays de l’OPEP pour le pétrole à une dépendance à la Chine comme évoqué dans mon dernier livre, Informez-vous !
- plus de 70 % de l’assemblage des smartphones avec les usines emblématiques à Shenzhen avec une récente diversification de la production (Inde, Vietnam).
La géopolitique des smartphones ne se limite pas aux matières premières : elle repose surtout sur la maîtrise industrielle. La Chine a construit un écosystème complet allant du raffinage des métaux à la fabrication des batteries, des écrans, des capteurs photo et des cartes électroniques. Cette intégration verticale lui donne un avantage décisif : elle contrôle non seulement les matériaux, mais aussi les technologies, les usines, la logistique et les chaînes d’assemblage. Les aimants permanents nécessaires aux moteurs et aux vibrations reposent sur des terres rares largement raffinées en Chine (90 % du raffinage du néodyme et du praséodyme). Les États-Unis dominent encore la conception des semi-conducteurs avancés (Nvidia, AMD, Qualcomm) avec la fabrication de pointe dominée par TSMC à Taïwan et aussi avec Samsung en Corée du Sud, mais la Chine progresse dans les nœuds intermédiaires (28–14 nm). Pour compléter, la Corée du Sud joue un rôle majeur dans les écrans OLED (Samsung et LG) et le Japon dans les capteurs photo avec Sony. L’Europe, pour sa part, reste dépendante à presque toutes les étapes, malgré il est vrai quelques atouts disparates (STMicroelectronics, ASML, mines de lithium en développement).
En résumé, aujourd’hui la Chine est dominante dans les premières étapes de la chaîne de valeur du numérique ainsi que pour la logistique (ports et routes maritimes, hubs industriels, chaînes d’assemblage) alors que les États-Unis le sont davantage pour les applications et l’intelligence artificielle même si la Chine vient concurrencer les États-Unis sur ces dernières étapes avec leurs BATHX (Baidu, Alibaba, Tencent, Huawei, Xiaomi), équivalents peu ou prou des GAFAM.
Dans ce contexte, l’allongement de la durée de vie des équipements et la lutte contre l’obsolescence programmée des équipements sont essentiels pour la planète. Il s’agit d’une écologie réelle et non d’une écologie dogmatique, administrative et punitive (ZFE, absence de gobelets en carton remplis d’eau pour les courses à pied) et bien souvent sans réel impact. Ceci est d’autant plus important qu’à l’heure actuelle le recyclage des métaux critiques est très faible (moins de 5 % pour la plupart) et doit faire l’objet d’innovation pour faire progresser ces taux d’une part mais aussi dans la recherche de matériaux de substitution ayant des propriétés physico-chimiques analogues mais abondants et moins polluants.







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