La sélection des livres au rayon [numérique | digital selon] pour l’été 2025 est arrivée. 10 livres ont été retenus dans des registres toujours complémentaires. Même si l’intelligence artificielle se taille la part du lion, 2 sont relatifs au changement climatique avec l’énergie et le numérique en toile de fond, 1 sur le marketing des start-up et le dernier de votre serviteur sur l’information et son pouvoir.
Un nouveau monde
Un nouveau monde, comment l’IA révolutionne l’éducation de nos enfants est le livre de Salman Khan, créateur de la Khan Academy, une façon disruptive d’enseigner qui a débuté avec les vidéos en ligne. Traduit en français et publié chez L’arbre qui marche, Salman nous explique que Sam Altman, le PDG d’OpenAI, l’avait contacté 4 mois avant la sortie de ChatGPT 3.5 en 2022 pour voir comment coopérer dans le domaine de l’enseignement qu’il considérait comme capital avec un cas appliqué à la biologie. Salman remonte aussi à Claude Shannon dès 1948 qui avait intuité « en comptant le nombre d’occurrences d’un mot dans un texte, l’imagination d’un algorithme capable de prédire quel mot serait le suivant pour faire des phrases ». C’était le principe même de GPT avant l’heure et le caractère épatant de ChatGPT avec la capacité à construire des phrases qui participa au buzz de fin 2022 ! Les grands modèles de langage se rapprochent de l’IA générale parce qu’ils sont capables d’écrire et de raisonner. La question de comment limiter les risques inhérents à l’IA pour que celle-ci soit un allié à l’éducation est posée notamment les questions de triche, de l’absence de jugement critique, de copier-coller des réponses brutes fournies. L’IA peut a contrario refuser d’écrire à la place des étudiants et les questionner pour les aider à écrire par eux-mêmes. Il convient de reconsidérer le champ des possibles, « les enseignants vont être choqués de découvrir que leurs élèves ont été testés positifs au ChatGPT » comme on découvrait des coureurs cyclistes dopés lors du Tour de France. Quelques punchlines sont distillés comme « Vous ne serez pas remplacé par une IA mais vous pourriez bien être remplacé par quelqu’un qui s’en sert », « Au fur et à mesure que l’IA se spécialise on va assister au retour des généralistes ». En somme l’IA peut être un tuteur, le rôle du professeur est appelé à évoluer avec davantage de coaching. L’IA peut en effet décharger les enseignants des tâches administratives. De nouvelles façons d’évaluer les élèves vont se développer. Je pourrai rebondir en disant que nous vivons avec l’IA une « destruction créatrice de l’enseignement ».
Plutôt que de donner une réponse, ce peut être l’objet d’un dialogue entre l’IA et l’élève l’amenant à raisonner. Un exemple est déroulé :
– Etudiant : J’ai un problème avec les polynômes. Peux-tu m’aider à trouver le degré de ce polynôme, et le coefficient dominant dans cette équation ? 3x2 – 5x2 + 2
– Khanmigo (plateforme développée pour une éducation personnalisée) : Bien sûr, décomposons. Le degré du polynôme est la puissance du terme de plus haut degré (dans ce cas x) dans le polynôme. Le coefficient dominant est le chiffre qui précède ce terme. En regardant notre polynôme, peux-tu identifie le terme ayant la puissance la plus élevée de X et le chiffre qui le précède ?
Des compétences que l’IA ne peut pas faire sont relevées comme mener des expériences. Des questions comme « Si les racines de la créativité se trouvent dans la capacité à faire, que se passera-t-il quand nos enfants ne sauront plus rien faire sans IA ? » Salman indique que la créativité peut être augmentée avec la technologie mais qu’il convient de protéger les enfants, les informations personnelles et pointe les risques des IA avec des potentiels super BigBrother.
Les sens de l’IA
Les sens de l’IA est l’ouvrage de Jérôme Coutou et Nathalie Granier. Bien documenté, il est articulé en 3 parties, l’histoire des intelligences et de l’IA au début, les différents courants de l’IA qui constituent le cœur du livre et une 3e partie conclusive sur les perspectives. Au début du livre est rappelée l’évidence que l’IA n’a pas de sens, ni toucher, ni ouïe, ni odorat, ni goût, ni proprioception, ni équilibre mais surtout elle ne comprend pas ce qu’elle produit. Quoiqu’en combinant la robotique on peut simuler la préhension ou encore générer la vision artificielle pour nuancer. Néanmoins l’IA arrive à un moment charnière pour la révolution de l’humanité. Du reste le livre vient prolonger le précédent livre de Jérôme Coutou avec Jérôme Bondu et Anne Beaufumé, La plus grande révolution de toute l’histoire de l’humanité paru en 2022. Des questions philosophiques sont dressés comme « Si l’Homme n’a plus le monopole de l’intelligence, que va-t-il lui rester ? ».

L’IA n’est pas une technologie comme une autre, c’est une brique centrale pour de nombreuses autres technologies. Toute la question des enjeux éthiques et sociaux est examinée. La première partie revient sur l’apport des philosophes, le canard de Vaucanson, George Boole avant même la conférence de Dartmouth, acte fondateur de l’IA en 1956, jusqu’à l’avènement de ChatGPT. Les 3 visions du monde (prémoderne, moderne, postmoderne) sont confrontées avec une 4e, le monde quantique qui est un monde où l’on peut se rendre à plusieurs endroits simultanément grâce à des avatars et des hologrammes en réalité virtuelle et augmentée. Cette partie se conclut par une réflexion sur les différentes types d’intelligence, ce qui permet aussi de prendre du recul face à l’IA et au concept de singularité.
Les différents courants de l’IA via la partie 2 sont étudiés avec la question anthopocentrique mais surtout des questions sociales et sociétales comme l’apport de la technologie pour les guerres (on le voit avec l’usage des drones) y compris cognitives, la sociologie et le rapport à l’IA qui diffère selon les âges, le sexe, l’apprentissage avec là aussi comme pour le livre précédent de Sam Khan la question éducative, le travail, l’économie, la politique et le fait que les grandes entreprises technologiques ont des ressources parfois supérieures aux Etats eux-mêmes, les questions de psychologie avec un développement intéressant sur les biais et des questions philosophiques avec la nécessité de garde-fous. La partie 3 conclusive introduit des néologismes pour les nouveaux sens de l’IA qui sont à découvrir. Je cite pêle-mêle dataception, chronoception augmentée, cyberception, infoception, energoception.
Quand les start-up et licornes réinventent le marketing
Quand les start-up & licornes réinventent le marketing est un ouvrage collectif publié chez Dunod. Il s’agit d’une boîte à outils avec des conseils utiles en matière de marketing digital à travers des bonnes pratiques et des expériences vécues. Les mutations sont désormais plus rapides (travail hybride, IA, attentes des consommateurs, contexte économique difficile où il faut savoir faire preuve de résilience) ce qui nécessite d’être plus rapide dans l’exécution et de s’adapter avec les données au cœur. Des réponses à des interrogations sont données comme la bonne organisation marketing adopter avec les rôles et les responsabilités, le recrutement et le développement des compétences, les relations entre CEO, CMO et les investisseurs, le lancement y compris à l’international et le développement de la marque, le growth marketing, le rôle des RP et l’appui des réseaux sociaux, comment apprendre de ses concurrents, faire face aux crises et aux évolutions de la législation. Des avis d’experts en encadrés viennent ponctuer le livre.
50 prompts pour trouver l’emploi de vos rêves
50 prompts pour trouver l’emploi de vos rêves est un livre de Daniel Pigeon-Angelini chez Dunod qui se lit vite. Il revient sur des évidences comme l’IA qui n’est pas un super moteur de recherche mais un outil complémentaire et qu’il est important de savoir parler à l’IA à travers un prompt en étant clair, précis, sans jargon et qu’il convient de donner le format de réponse souhaité : liste, tableau, etc. Aussi il est nécessaire pour un prompt de respecter quelques règles d’or : donner un rôle à la personne à laquelle on s’adresse et les compétences et l’expertises que l’on souhaite mettre en valeur notamment lorsque l’on postule pour un poste précis, rappeler le contexte (qui on est et ce que l’on souhaite), le but de la requête pour faciliter le travail de l’IA, le type de réponse attendu et son format, sa longueur, son style. Puis ensuite de réagir le cas échéant à la réponse faite par l’IA. Des exemples de 50 prompts sont donnés à travers le livre, le fait de joindre son CV anonymisé et le challenger en matière de compétences développées par exemple, être questionné sur un métier ou faire de la veille, comment prompter pour mieux candidater à des offres, comment améliorer sa lettre de motivation, avoir des réponses à des questions posées par des recruteurs, améliorer un post prévu sur LinkedIn, etc.
Les machines intelligentes
Les machines intelligences d’Alan Turing chez Hermann est une traduction des 2 textes fondateurs et 3 interventions à la radio d’un des pères de l’IA qui ont été rédigés entre 1948 pour le National Physical Laboratory et 1952. Le livre qui en résulte est une synthèse qui donne une hauteur de vue pour ceux qui s’intéressent à l’IA, ses courants et ses actes fondateurs au même titre que les travaux de Gödel et Church, ses contemporains. Cela permet de revisiter au sens littéral le test de Turing. Ceci demande aussi quelques connaissances mathématiques comme pour la théorie des graphes. Des réponses sont apportées à des questions fondamentales comme celle de l’aptitude à penser des machines.
Hyperarme
Hyperarme de Flavien Chervet est son 3e opus côté IA. Paru chez Les éditions Nullius In Verba il s’agit d’une réflexion sur la guerre et l’IA avec les hyperintelligences qui se profilent capables du meilleur et du pire. La thèse centrale est celle de l’alignement d’une IA par rapport à un objectif et la question qui se pose est celle des sous-objectifs. Concrètement, si j’ai un objectif global de battre un ennemi sur un champ de bataille, de gagner de l’argent, est-ce que l’IA peut réaliser des sous-objectifs qui soient contradictoires ou non-éthiques par rapport à l’objectif final, comme utiliser des armes chimiques, emprunter de l’argent à des mafias ou tuer son voisin pour le voler ? Le livre est fait d’investigations sur la guerre en Ukraine par exemple qui est aussi une guerre technologique « Cette première guerre de l’IA est un puits sans fonds d’expérimentations, qui sont autant de signaux faibles du monde qui nous attend ». Les deepfakes commencent à être appliquées à la guerre avec des leaders politiques simulés. Certaines IA comme GPT-4 peuvent à présent résoudre des tests de CAPTCHA et se faire passer pour des humains. L’auteur évoque la singularité et les travaux de Raymond Kurzweil et parmi les projections avec les puissances de calcul nécessaires une AGI (intelligence artificielle générale) pourrait voir le jour en 2027/2028. Deux narratifs N (sécurisation nationale qui empêche toute coopération internationale et amène à la construction de l’hyperarme avec l’IA qui succède de fait au Manhattan project et la bombe atomique) et H (coopération internationale ou chemin du CERN avec l’IA de nature à favoriser la cyberpaix mais plus délicat à mettre en œuvre) sont évoqués quant aux futurs possibles. C’est aussi un livre augmenté avec des QR codes pour accéder à des éléments multimédia en complément.
Adapter son business dans un monde de déconsommation
Adapter son business model dans un monde en déconsommation est le dernier livre de Frédéric Canevet paru chez Eyrolles. Il s’agit d’une prise de conscience des entreprises pour faire autrement sans sacrifier à la demande mais faire différemment pour concilier économie et planète. Il part du constat que la révolution française tout comme l’extinction des cités Mayas ou la fin du rayonnement de la ville d’Angkor ou encore le désert de Nazsca ont pour point commun le changement climatique, les mauvaises récoltes étant l’une des raisons mais pas la seule de la révolution française de 1789. Face aux limites planétaires, les entreprises doivent se réinventer positivement sachant aussi que des solutions existent pour trouver de l’énergie comme le gaz de schiste ou les gisements pétroliers en Antarctique mais ne sont pas sans conséquence sur l’environnement et les tensions géopolitiques et que par ailleurs les énergies renouvelables ne remplacent pas les énergies fossiles avec d’ici 30 ans une pénurie de terres rares avec qui plus est une mainmise de la Chine. D’où pour les entreprises moins de surchoix de produits et de services à terme, des offres à repenser en misant sur les besoins des consommateurs, le low tech, les circuits courts, le recyclage, moins de produits hyperspécialisés, etc. On peut agir à la fois sur l’ofre et la demande sachant que la RSE ne touche pas le coeur du problème, les 20 % qui réalisent 80 % de l’activité. Frédéric Canevet préconise 4 leviers d’action, la frugalité à tous les niveaux, les produits et le business model à revoir, la prospection et la fidélisation (l’IA a un rôle à jouer), l’organisation et le réseau. L’agilité deviendra la règle et il conviendra d’innover en étant résilient. Dans ce contexte, le numérique va être encore plus intégré ce qui nous rend davantage dépendant à la technique mais renforce en même temps notre fragilité, ce qui est le paradoxe.
L’intelligence collective pour sauver la planète
L’intelligence collective pour sauver la planète, dernier opus d’Olivier Zara, est un livre qui prend de la hauteur sur la crise climatique dans un angle différent de celui de Frédéric Canevet. Tout d’abord Olivier, bien qu’à l’origine spécialisé dans les questions numériques qui le guident toujours, revient sur les nombreux biais cognitifs (188 sont recensés) qui empêchent un débat sain et apaisé. Pour cela il faut recourir à l’excellence décisionnelle comme évoqué dans les ouvrages précédents d’Olivier Zara. L’approche face à la nature doit être disruptive avec un changement de paradigme. Parmi les points clés, les consensus sont plus faciles à trouver localement (plus rapides et qui évitent les consensus mous) avec des petits pas dans la durée plutôt qu’un big bang instantané. Il se base sur la théorie du Donut élaboré par l’économiste britannique Kate Raworth dans son livre intitulé Doughnut Economics: Seven Ways to Think Like a 21st-Century Economist paru en 2017 qui propose une vision globale et systémique de l’économie qui concilie la justice sociale et la durabilité écologique. Certaines réflexions sont politiques comme la guerre en Ukraine qui est l’une des 9 causes de l’inaction climatique avec des changements de priorité. Le fil directeur reste comment créer un avenir désirable pour la planète. Des évidences sont rappelées comme « une production d’électricité décarbonée insuffisante conduira de nombreux pays à activer des centrales à charbon ou au gaz. On peut aussi imaginer que si la production d’électricité est insuffisante et que la demande augmente, son prix augmentera, rendant les voitures électriques peu attrayantes ». Des expériences comme celles des Fab cities sont mentionnées ainsi que le design fiction. Il insiste sur la peur qui est LA cause racine de l’inaction et l’ignorance joue le rôle d’un booster de la peur. Ainsi dans la prise de toute décision, si on est intelligent (I), plein de savoirs (S) et avec beaucoup d’expérience (E) mais que l’on a peur, cela aboutit à cette formule :
| (I+S+E) x Peur = Décision absurde |
Notons aussi l’approche par thèmes ou en silos telle qu’existante au niveau de l’Etat ou des grosses entreprises laquelle est à remplacer par une approche holistique et systémique qui rejoint mes travaux et les préconisations que je formule avec Informez-vous !
Innover ou agoniser
Innover ou agoniser, c’est vous qui voyez ! de Philippe Boulanger chez Dunod est un ouvrage nécessaire alors que beaucoup d’entreprises sont en crise et cherchent des relais de croissance. A travers des expériences passées y compris lorsque des technologies n’existaient pas comme par exemple le téléphone portable, des solutions innovantes ont pu être trouvées et des conclusions en sont tirées. Ainsi, en situation de survie, on est très vite créatif. L’expérimentation est clé. Et rien ne marche parfaitement la première fois, d’où les nécessaires essais et erreurs pour avancer chers aux anglo-saxons. Une idée nouvelle sera très probablement critiquée et combattue avant d’être acceptée, voire copiée. Philippe Boulanger fait bien évidemment la distinction entre innovation et invention (comme la carte à puce avec dépôt de brevet à la clé) même si innovation, invention et créativité sont liés. Il effectue ensuite la transition vers le système d’intelligence innovationnelle en passant en revue les outils comme Kanban, le lean start-up, le design thinking, les compétences clés pour favoriser l’innovation (empathie, audace, créativité, apprentissage, mise en action, etc.), les biais et les peurs qui constituent des freins. Des études de cas d’entreprises innovantes viennent illustrer les propos de l’auteur. En synthèse l’ouvrage est riche et certains directeurs de l’innovation gagneraient à le lire.
Informez-vous !
Informez-vous ! de votre serviteur aka David Fayon permet une approche inédite de l’information et du pouvoir qu’elle confère si elle est de qualité et bien utilisée tant dans la sphère professionnelle que personnelle. Une approche holistique avec un recul historique a été choisi sous fond de course à l’innovation et de révolutions d’abord agricoles, industrielles ensuite et désormais numériques et d’intelligence artificielle. Il vient juste de paraître voici 1 mois et sa lecture est d’après les premiers échos reçus salutaire alors que la France connaît par ailleurs une crise profonde.





Digital Impacts
Editions des Cassines
Paperblog
Renaissance numérique
1 ping
[…] Read More […]