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Mai 29

3 questions à … Thomas Fauré

1. Comment jugez-vous l’omnipotence de Facebook et de son écosystème ? Même si le nombre d’utilisateurs de Facebook stagne, en revanche c’est Instagram qui affiche la plus belle progression. Quels sont les risques d’être et de ne pas être sur Facebook ? Que pensez de Workplace ?

Tout d’abord, je voudrais souligner le succès de Facebook en tant qu’entreprise. Grâce à Internet et les avancements technologiques incroyables sur ces 20 dernières années, certaines entreprises, dont Facebook, ont pu devenir de grandes puissances en très peu de temps. La vraie question pour moi ce n’est pas l’omnipotence du groupe Facebook, mais plutôt comment l’on adapte nos vies, nos sociétés, nos législations, nos modes d’entreprise face à cette technologie que l’Homme a créée et qui rebat toutes les cartes. Il faut juger les conséquences d’un bond hallucinant en matière de technologie. Au départ, le projet de Facebook était positif : permettre de communiquer et de mettre en relation des personnes. Maintenant ce n’est plus le cas, nous commençons à voir les dangers que cela peut impliquer : comment laisser reposer une quantité phénoménale d’échanges sur une seule entreprise privée qui prend ses décisions en interne et par un seul homme ? De vrais problèmes sociétaux émergent suite à cette omnipotence : la mise en danger de la démocratie, une influence probable sur plusieurs élections, la manipulation de contenus en fonction de leur algorithme, la vente de prédictions comportementales des utilisateurs grâce à l’exploitation de leurs données.

Interview de Thomas Fauré

Je ne pense pas qu’il y ait un risque à ne pas être sur Facebook. À part quand vous êtes jeunes, peut-être, et que tout votre entourage se retrouve sur cette plateforme sinon on peut résister. Concernant les risques à y être cela dépend premièrement de qui l’on parle : d’un utilisateur, d’une entreprise ou d’un pays ? Pour l’utilisateur, il y a un risque de violation de sa vie privée par le manque de sécurité et l’exploitation des données. Ce ne sont plus des suppositions mais des faits qui ont été mis en avant l’année dernière suite aux nombreux « scandales » Facebook, comme Cambridge Analytica, le non chiffrement de mots de passe ou d’importantes failles de sécurité. En tant qu’organisation ou pays, il existe un risque de mettre à mal notre souveraineté, de perdre son indépendance et de se faire capter ses données internes. Il y a également un risque lié à l’attention, au manque de focus. Sur Facebook, vous êtes sollicité en permanence, on capte votre attention, on vous incite à interagir. C’est le nouveau temps de cerveau disponible à capter.

Au sujet de Workplace, je ne pense pas que ce soit un bon outil de travail. Il s’agit d’un calque d’une plateforme qui a été conçue pour un usage personnel ou de réseau informel. Un réseau social d’entreprise doit être centré sur l’efficacité et la maîtrise des informations. Rappelons que dans la vie d’une entreprise, il y a beaucoup plus d’informations cruciales que dans la vie de tous les jours. Un réseau social comme Facebook bâti sur la sur-sollicitation et la captation d’attention n’est pas productif pour une entreprise. Vous avez besoin d’outils qui permettent de communiquer rapidement et efficacement tout en donnant de l’air aux collaborateurs qui sont déjà surchargés d’informations par leurs méls, etc. Même si Facebook est une plateforme technologiquement très puissante et très bien faite, Workplace n’est pas une plateforme qui a été pensée pour le travail, mais remodelée pour le travail.

De plus, les entreprises utilisant Workplace prennent le risque de confier toutes leurs données internes à un prestataire qui n’est pas bon en cybersécurité. Dans les CGU de Workplace, Facebook a un droit de préemption sur les données échangées sur l’outil et Workplace ne fait pas de portabilité ce qui est normalement interdit par le RGPD.

2. Pourriez-vous nous en dire plus sur Whaller, ses étapes clés et les développements à venir ? Si Viadeo perd régulièrement des abonnés, il n’en est pas de même de Whaller ? Quelle est la dynamique ? Pourquoi être sur Whaller plutôt que sur Facebook ou LinkedIn ? En quoi l’outil est-il fonctionnellement et techniquement original ?

J’ai codé la première ligne de Whaller en 2011, avant de lancer le produit officiellement deux ans plus tard comme filiale du Groupe Bolloré. 2018 a été une année charnière pour Whaller : j’ai racheté les parts de Bolloré pour offrir à Whaller son indépendance et nous avons signé de nombreux contrats portant ainsi le nombre d’utilisateurs à près de 400 000 aujourd’hui (en 2018, le nombre journalier d’inscriptions a triplé passant de 100 à 300 – voire 500).

Les développements de Whaller vont être concentrés ces prochains mois sur une accélération technologique et en matière de territoire. Nous souhaitons nous développer à l’international en commençant par l’Europe, et accélérer nos développements en augmentant nos équipes. Cette volonté d’accélération passe forcément par une augmentation de capital, nous sommes donc en train de chercher à lever 3 millions d’euros. Nous privilégions pour le moment, la « smart money », c’est-à-dire des prises de participations par des « corporates ».

Pour être plus précis d’un point de vue technique, il y a deux points primordiaux à développer : la cybersécurité et nous orienter davantage vers du Social Learning (transformer un réseau social qui a un capital humain, d’échange et de travail en un outil qui va encore plus loin pour permettre aux entreprises, aux Grandes Ecoles, une meilleure structuration des compétences des personnes).

Nous gagnons des utilisateurs tous les jours, en 2018, le nombre d’utilisateurs a doublé. Nous sommes dans une dynamique de croissance et espérons continuer ainsi. Nous signons de plus en plus de contrats avec des institutions, des entreprises, des écoles pour un usage professionnel et des utilisateurs soucieux de la protection de leurs données rejoignent Whaller pour un usage plus personnel.

Il existe 3 différences fondamentales qui distinguent Whaller des autres réseaux sociaux.

Premièrement, Whaller est un outil techniquement original par sa structure. Les réseaux hébergés sur notre plateforme sont organisés sous forme d’arborescence, c’est-à-dire sous forme de périmètres bien identifiés pouvant aller du local au global. En local, vous pouvez avoir votre sphère d’équipe privée, qui a appartient à une organisation (groupement de sphères) d’une filiale d’une multinationale qui dépend au global d’une fédération (groupement d’organisations) de la maison mère, par exemple.
Cette architecture correspond très bien à l’organisation de différentes entreprises, petites ou grandes. Whaller a cette particularité de créer des réseaux subsidiaires arborescents qui permettent de développer de grands réseaux avec plusieurs milliers d’utilisateurs.

Deuxièmement, l’une des spécificités de notre plateforme, c’est la « Privacy by design » ou « Privacy by default ». Chez Whaller : nous protégeons d’abord par défaut les utilisateurs mais ils peuvent décider par la suite d’ouvrir et donc de contrôler l’audience de leurs communications. C’est la logique inverse de toutes ces plateformes qui ouvrent par défaut et dans lesquelles l’utilisateur peut ensuite créer des groupes fermés. Nous pensons aussi que nous sommes moins efficaces en étant connectés à tout le monde et lorsque tout le monde peut partager tout à n’importe qui. Dans chaque sphère, qui représente un réseau social dédié avec son propre flux, les échanges quotidiens sont contextualisés et adressés à une audience ciblée. Au-delà de favoriser la confidentialité, la « Privacy by design » permet aussi d’augmenter la productivité.

On a souvent l’impression que lorsque l’on ferme tout, on est reclus mais c’est l’inverse qui s’opère, quand on maîtrise et contextualise ses périmètres alors on peut s’ouvrir. C’est ainsi que Whaller, via les sphères indépendantes les unes des autres, permet d’étendre le réseau social de l’entreprise aux partenaires, aux clients, aux externes sans les mélanger.

Et pour finir, chez Whaller, nos clients ont la possibilité d’héberger leurs données chez eux. Où qu’ils soient, en Asie, à Paris ou au Brésil, leurs données sont dans leur entreprise. Nous avons ainsi créé une offre hybride : le service est hébergé chez Whaller et les données chez le client !

Whaller est un outil fonctionnellement très riche (publication, box de documents, kanban de tâches, sondages, chat, petites annonces, agenda, visio-conférence, live…). Nous n’avons pas la volonté d’intégrer un maximum d’outils tiers mais plutôt d’avoir sur notre outil des briques constitutives de notre produit. Par exemple, dans chaque sphère vous avez une box de documents intégrée, pas besoin d’utiliser Dropbox. Notre outil s’intègre tout de même aux écosystèmes extérieurs et aux écosystèmes sur-mesure des entreprises.

3. Comment abordez-vous la gestion des communautés dans Whaller, la gestion des APIs ? Ambitionnez-vous d’être le réseau social d’entreprise et pourquoi ?

Nous sommes une plateforme logicielle, nous n’intervenons pas dans la gestion des communautés, toute la gestion et le contrôle sont dans les mains de nos utilisateurs notamment des administrateurs/gestionnaires des sphères.
En revanche, les utilisateurs de Whaller ont à disposition une multitude de fonctionnalités pour pouvoir gérer leurs communautés, entre autres :

– La sphère publique permet de créer un réseau public accessible à tous,
– Le portail public d’une organisation avec la publication d’articles via le CMS,
– Les « analytics » et la modération de sphères,
– La fonctionnalité Forum.

Whaller est entièrement bâtie sur une API qui est fermée mais nous l’ouvrons à nos partenaires comme Plussh, solution française de vidéo en direct et Glowbl, solution française de visioconférence. À terme, nous ouvrirons progressivement notre API.

Notre outil permet d’organiser des relations sociales, professionnelles, amicales et familiales. Pour l’instant, nous nous adressons en priorité aux organisations (entreprises, institutions, associations) mais notre vision à moyen terme est de toucher un large public.

Nous n’ambitionnons donc pas seulement d’être un réseau social d’entreprise mais de devenir le réseau social français pour toute organisation humaine que cela soit pour une famille, un groupe d’amis, une équipe, une PME, une multinationale, une Grande Ecole, un ministère…

Nous souhaitons proposer une plateforme souveraine qui permet de (re)placer l’humain au cœur de la technologie et non l’inverse. La route est longue !

29 mai 2019

Thomas Fauré est Président et Fondateur de Whaller, plateforme française de réseaux sociaux et collaboratifs destinée aux organisations comme au grand public. Il a également publié Transmettez ! Un entrepreneur de la French Tech réconcilie le monde de demain et celui d’hier aux Éditions Baudelaire.

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