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Juil 02

3 questions à … Tristan Nitot

1. Vous avez longtemps travaillé pour la fondation Mozilla. Comment jugez-vous l’évolution des navigateurs ? Et quelles complémentarités voyez-vous entre Chrome, Firefox, Safari, Explorer et Opera ? Qu’est-ce que vous mettez en avant pour passer à des outils libres ?

Plus que jamais, le navigateur (et le moteur de recherche) sont importants pour les utilisateurs : à eux deux, ils forment le point d’entrée sur le Web. Maintenant, parmi les différentes offres, toutes n’ont pas le même objectif. Pour Google, Chrome est la façon de délivrer leurs produits (en complément d’Android), mais aussi une façon de capter l’historique de navigation des utilisateurs. Pour Safari d’Apple et Explorer/Edge, c’est une façon de s’assurer que les utilisateurs de leurs systèmes d’exploitation ont accès au Web dès le démarrage. Reste Firefox, seule solution proposée par une organisation à but non-lucratif, qui y voit une façon de défendre l’ouverture de l’Internet. Sans surprise, c’est celui que j’utilise, d’autant que la nouvelle version, Firefox Quantum, a fait d’immenses progrès au point de le propulser en tête du groupe. Enfin, il a l’avantage, grâce à sa technologie propre Gecko, d’être le dernier rempart contre la monoculture Blink (le moteur de Chrome, Chromium, Opera, etc.), une monoculture qui est dangereuse pour la résilience et l’ouverture du Web. En ce qui concerne le Libre, on notera, et c’est une bonne chose, que tous les acteurs du marché des navigateurs ont finalement choisi l’approche open source. 20 ans après le lancement du projet Mozilla, c’est une belle victoire ! Maintenant, il nous reste à faire la même chose coté serveur 🙂

Interview de Tristan Nitot, VP Advocacy de Qwant

2. Face à la cyberdépendance au GAFAM et à l’aspiration de nos données personnelles, que préconisez-vous ? Est-ce qu’après les révélations d’E. Snowden puis le Cambridge Analytica, vous sentez des habitudes en matière d’usage des outils numériques de la part des Français du moins changer ?

Nous sommes actuellement dans un modèle hyper-centralisé, avec la collecte des données personnelles auprès de plateformes qui savent tout de nous en vue de nous servir de la publicité ciblée. C’est le règne du capitalisme de surveillance, qui est un immense danger pour la démocratie : ça n’est pas pour rien que la surveillance de masse est l’apanage des dictatures. En acceptant cette surveillance, même si elle est mise en place par des entreprises privées, on trace la voie vers des dictatures numériques. L’exemple de la Chine est à ce titre édifiant : depuis 2016 ils mettent place un « social scoring » de chaque individu en fonction de ses fréquentations et de son comportement en ligne. Ce système est en plein déploiement et sera obligatoire pour tous les citoyens chinois en 2019. Il a déjà un impact dans la vraie vie, dans la mesure où un mauvais score vous empêche d’obtenir un visa pour l’étranger ou le droit de voyager en train, parmi d’autres choses. Le problème, c’est qu’en se sachant surveillé, on modifie notre comportement : on perd notre liberté et on bride notre créativité. Est-ce vraiment la société qu’on veut pour demain ?

La prise de conscience est en train d’arriver, et les scandales de la NSA révélés par Snowden, ainsi que les multiples affaires Facebook dont Cambridge Analytica ne sont qu’une infime partie sont autant d’occasion de pousser cette prise de conscience. Aujourd’hui, 77 % des citoyens européens ne font pas confiance aux grandes entreprises d’Internet quant à leurs données personnelles. Il y a donc une forte demande pour des outils qui servent l’utilisateur et ne cherchent pas à l’asservir et lui pomper ses données. Des solutions sont en cours de développement, basées sur des logiciels libres, décentralisés, de Cozy Cloud à Snips en passant bien sûr par Qwant. En Europe, nous avons la possibilité de faire émerger de telles solutions, et le RGPD, avec la portabilité des données, renforce cela, d’un point de vue juridique et médiatique.

3. Pourriez-vous nous parler de votre nouveau rôle de VP Advocacy chez Qwant et comment vous voyez ce nouveau défi ?

Je suis utilisateur de Qwant de longue date et je connais bien les équipes depuis plusieurs années. J’ai pu voir en avant-première les récentes annonces, dont beaucoup reposent sur du logiciel libre (MasQ, Qwant Maps, etc.), et c’est ce qui m’a décidé : de l’innovation, de l’éthique, du logiciel libre, de l’IA, une société en très forte croissance, une équipe très compétente : c’était du sur-mesure pour moi ! Il y a beaucoup à faire maintenant, expliquer l’approche Qwant, sa vision, et délivrer les produits. C’est un moment très excitant pour rejoindre Qwant !

2 juillet 2018

Tristan Nitot est entrepreneur, auteur et activiste. Impliqué dans le projet Mozilla (Firefox) depuis ses origines en 1998 jusqu’en 2015, il a en particulier co-fondé et présidé Mozilla Europe. Précédemment membre du Conseil National du Numérique (2013-2016) et Chief Product Officer de Cozy Cloud, il est désormais VP Advocacy de Qwant. Il est également l’auteur du livre Surveillance://.

(1 commentaire)

  1. Philippe Laré

    Bonjour Tristan,
    Tu devrais regarder la page d’accueil de Qwant sur laquelle un gentil annonceur partenaire, LCL alias Le Crédit Lyonnais qui nous a laissé un si agréable souvenir, avec incendie de leurs archives en apothéose, nous propose de gagner un vélo électrique à l’occasion du Tour de France. Ils sont sympa, pour pouvoir participer il suffit juste de renseigner ses données personnelles.
    Cordialement,
    Philippe

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