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Juin 29

3 questions à … Jean-Michel Billaut

1. Dans le prolongement de L’Atelier, vous avez créé le Billautshow avec un style caméraman amateur où vous avez déniché de nombreuses futures pépites du numérique. En outre, vous parlez souvent de votre femme que l’on ne voit jamais. Ne seriez-vous pas « l’inspecteur Columbo du numérique » ?
Que faudrait-il faire selon-vous pour analphanetiser enfin – selon l’expression de Louis Naugès – l’élite et plus particulièrement les grands corps d’Etat non scientifiques au numérique ? Et de même à l’autre extrémité de l’échelle aux – comme vous les qualifiez – les glandus ?

Effectivement certains m’appellent le Columbo du digital… L’Atelier de la Cie Bancaire lui-même était dans le style amateur (comme certains FabLabs aujourd’hui) car au départ nous n’avions pas la très belle salle du 5 de l’Avenue Kléber, mais un truc genre place de parking aménagée dans les sous-sols de la banque… et quand nous avions un « atelier » avec des gens qui venaient je mettais les chaises et les remettaient/rempilaient après la séance. A titre d’information, L’Atelier a été officiellement créé lors d’une réunion du comité directeur de la Cie Bancaire en juin 1978. J’étais seul et en plus je devais m’occuper du centre de documentation du Groupe. Puis j’ai eu une assistante, puis une place de parking. En 1988 on a décidé d’ouvrir la chose sur l’extérieur.

Interview de Jean-Michel Billaut, Président-fondateur de L'Atelier

L’Atelier a été à l’origine de la mise en place du crédit télématique de nos filiales. En 1980 on a doublé nos parts de marchés avec le Minitel… donc on m’a laissé continuer. Tels ont été les débuts de L’Atelier.
Quant à Madame Billaut, on ne la voit jamais, parce qu’elle ne veut pas. Elle n’est pas encore très digitale. En revanche mon petit-fils de 8 ans la forme (iPad)…

L’élite gauloise ? Il ne faut pas y toucher… Ces braves gens veulent seulement garder leur pouvoir 1.0… Pourquoi les embêter ? Ils vont s’effondrer eux-mêmes un peu comme Kodak en son temps. Ils vont se faire ubériser. L’ENA est une école qui fabrique des gens pour pérenniser le passé ce qui pose un problème aujourd’hui. Voir par exemple ce lien avec des commentaires qui montrent que l’élite des banques ne fait pas grand chose non plus dans leurs organisations…
Quant aux glandus, ils s’y mettent cahin-caha…

2. S’agissant de la transformation numérique des entreprises, on assiste à beaucoup de communication mais à peu d’entreprises ayant réellement l’esprit Google ou uberisées. Est-ce que vous avez remarqué des entreprises ou des organisations en France que vous jugez en avance et pourquoi ?

Heureusement la France à des start-up de bonne qualité… notre mouvement start-up s’est accéléré à partir de 2011 je pense. (je pensais que ce n’était possible dans ce pays – principe de précaution – exception culturelle – élite n’ayant aucune appétence pour le numérique (cf. mon billet). Je ne peux pas tous les citer, on peut se référer à ma webtv « amateur »… Criteo, Blablacar, pour les plus connues, mais aussi Beetree (maison de retraite virtuelle), Mediawen (je suis associé – l’entreprise vient d’annoncer un partenariat mondial avec IBM – on commence le sous-titrage de mes vidéos avec Watson – plutôt encourageant – d’ici 3 à 5 ans, on n’aura plus besoin d’apprendre des langues. Il s’agit d’une révolution de type Babel), Spareka, Docker (des gaulois à San Francisco), etc.

Quant aux entreprises « pré-numériques », elles essayent de se e-transformer avec plus ou moins de bonheur mais à terme leur business model pourra-t-il s’adapter ? Je ne le crois pas.

3. Face aux erreurs médicales (dont vous-même avez été victime), comment voyez-vous le passage de la médecine curative à la médecine préventive et au développement de l’e-santé avec ses avatars comme le quantified self ? Comment voyez-vous le rôle de la CNIL et du big data dans ce cadre ?

La base de la médecine 4P, ce n’est pas le quantified self. Mais le séquençage de ton génome. J’explique tout cela dans mes newsletters e-santé… Et une start-up franco-chinoise m’a proposé d’être le premier français en 4P. Je pense que le système de santé français va se faire disrupter, donc CNIL ou pas CNIL, mon dossier de santé sera peut-être sur le iCloud d’Apple ?
Le big data et surtout l’intelligence artificielle sont très importants pour gérer sa santé en mode prédictif. Le dernier maillon sera les spectromètres de poche… Ils permettront d’analyser ce que l’on mange avant de le manger…

26 juin 2015

Jean-Michel Billaut est Président-Fondateur de l’Atelier de BNP Paribas. Retraité et amputé d’une jambe, il poursuit ses activités par passion (animateur du billautshow.tv, éditeur de 2 newsletters (l’une sur la e-santé, l’autre sur l’énergie et les transports) et reste une figure qui compte dans le PDF (Paysage Digital Français)

2 Commentaires

1 ping

  1. David Fayon

    Merci pour votre commentaire. Le numérique est disruptif. Effectivement, les cas Uber, Airbnb, Tesla sont emblématiques. Les GAFA échappent à l’impôt en France, la loi est en retard. C’est tout le propos du livre Transformation digitale (http://qr.net/matnum) qui permet de mesurer la maturité d’une organisation à un instant t. Et cette maturité englobe également les aspects organisationnels, personnels et liés à l’environnement. En tout état de cause, les plus malins arrive(ro)nt à surfer dans cette société qui n’est plus en rapport de force mais de flux selon ce qui est exprimé par Joël de Rosnay.

  2. BERTHE

    Je me permets d’intervenir dans ce débat. Je partage la plupart des opinions exprimées par Jean-Michel Billaut. Dans un monde en constante évolution, une structure comme l’ENA me semble surannée. Nos politiques ont toujours un train de retard et le cas UberPop vs taxi l’illustre bien. D’un côté vous avez des professions réglementées qui auraient dû faire cette transition nécessaire vers le numérique, mais ne l’ont pas fait se croyant très bien protéger par la loi. Or, le numérique bouleverse tout, la loi essaie de s’adapter tant bien que mal, mais ça déborde de tous les côtés et il faudrait une vraie réflexion dans ce pays sur le numérique afin de protéger les futurs employés de ce secteur tout en permettant à l’état de prélever les impôts nécessaires à son fonctionnement.
    Le cas Kodak donne bien évidemment matière à réflexion dans le sens où les entreprises qui ont des structures rigides et qui n’arrivent pas à s’adapter seront appelées à disparaître. Le côté positif de la chose c’est que le numérique permet la réussite du commun des mortels (c’est-à-dire, non diplômé de Sciences Po et/ou n’ayant pas des ascendants fortunés). Bref, l’avenir s’avère radieux pour ceux qui sauront se mouvoir avec aisance dans ce domaine.

  1. LETTRE AUX BANQUIERS : Le blog de Jean Philippe, banquier mutualiste et numérique, directeur général du Crédit Agricole Pyrénées Gascogne

    […] et amis de la banque 1.0 (comme aime à le dire Jean-Michel Billaut), j’ai une très bonne nouvelle : nous sommes capables de devenir très vite et très facilement […]

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