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Mai 03

3 questions à … Alban Martin

Alban Martin égocratie et démocratie

1. Comment évaluez-vous le rapport entre citoyen et gouvernement avec les nouveaux outils du Web 2.0 ? Le cinquième pouvoir en matière politique est-il un mythe ? A quand l’avènement d’une démocratie 2.0 ?

S’ils ont appris au fil du temps à composer avec les médias traditionnels (presse, télé, radio), les hommes politiques selon moi voient leur réputation sérieusement mise à mal par les nouveaux medias (blogs, réseaux sociaux, etc.). Nombreux sont les candidats aux plus hautes fonctions de l’Etat qui traînent derrière eux une affaire susceptible de ressortir à n’importe quel moment via les moteurs de recherche, ou un enregistrement d’un moment plus ou moins délicat de sa vie politique. De scène de théâtre, la démocratie représentative s’est transformée en arène de cirque, où les coulisses sont visibles et les spectateurs omniscients.

Ce désenchantement de la démocratie est palpable au travers des taux de participation toujours plus bas. Et les représentants élus ne disposent plus du temps long nécessaire à une politique durable, face à une opinion publique qui a appris à influencer de manière beaucoup plus efficace que par le passé avec les outils participatifs. Le peuple est introuvable lors du suffrage universel, alors que l’individu et l’intérêt particulier sont trop trouvables dans son intermittence. Il faut donc réconcilier la Démocratie (le pouvoir de la majorité) avec l’Egocratie (le pouvoir de chaque individu) pour améliorer l’efficacité de l’ensemble.

Ce problème nouveau appelle des solutions nouvelles : Citoyens et représentants ont besoin de Nouvelles Technologies Politiques pour exercer leurs pouvoirs, rendues possibles par le Web 2.0. Un nouvel espace civique est à conquérir, aussi stimulant que lorsque la démocratie a connu ses premières heures, pour assister à l’avènement de la « démocratie 2.0 » que vous appelez de vos vœux !

2. La France aime créer de nouvelles instances. Que pensez-vous de la création d’HADOPI ? Quelle sera l’importance d’Internet dans l’élection présidentielle en 2012 ?

Pour connaître l’importance d’Internet dans l’élection de 2012, nous pouvons nous fonder sur son apport dans la campagne américaine de 2008 : le militantisme via les réseaux sociaux grand public plaît plus aux jeunes. Ainsi, aux Etats-Unis, 37 % des utilisateurs d’Internet entre 18 et 29 ans utilisent les blogs ou les réseaux sociaux pour s’engager politiquement, comparé à 17 % des internautes de 30 à 49 ans, 12 % des 50-64ans et 10 % des internautes de plus de 65 ans . Alors que, selon la même étude, ils sont habituellement moins engagés que la moyenne dans des actes civiques ou politiques.

Mais, comme l’a montré l’expérience mybarackobama.com, il est indéniable que les militants les plus actifs en ligne et dans les réseaux sociaux sont ceux déjà sensibilisés depuis un certain temps à la cause. Ainsi l’association militante démocrate moveon.org, qui existe depuis une dizaine d’années aux Etats-Unis, fut-elle le principal vivier de forces vives lors de l’élection de Barack Obama : plus de 20 % de leurs membres, soit 1 million de personnes, ont participé activement à la campagne d’Obama, réalisant plus de 20 millions d’heures de travail bénévole et levant 88 millions de dollars sur les 300 M$ récoltés par Obama auprès des contributeurs individuels. A voir donc l’impact qu’apportera en 2012 à la fois les réseaux sociaux en terme de nouvelle base militante, et l’impopularité des lois comme HADOPI auprès des plus jeunes.

3. Pourriez-vous nous dire un mot du Social Media club ? Et enfin, êtes-vous plus Facebook ou plus Twitter et pourquoi ?

Le Social Media Club France est un cercle de réflexion sur les médias sociaux, rassemblant journalistes, éditeurs, professionnels de la communication et des relations publiques, entrepreneurs, chercheurs, blogueurs, responsables marketing et, plus largement, tout professionnel passionné par les médias et leur évolution.

La mission du Social Media Club France est de connecter les professionnels des médias qui utilisent des logiques communautaires dans la création ou dans la diffusion de leurs contenus.

L’objectif est de partager les expériences entre professionnels, identifier, formaliser et diffuser les bonnes pratiques et faire ainsi progresser le marché des médias sociaux, promouvoir des standards, encourager la transparence et l’éthique de ses pratiques. N’hésitez pas à visiter notre blog socialmediaclub.fr pour vous informer ou vous impliquer !

Enfin, perso, je suis plus blog que Facebook et Twitter, j’aime bien parfois l’imaginaire du blog qui laisse croire que nous sommes lus par les personnes à qui l’on rêverait de s’adresser. 🙂 J’utilise Facebook sinon pour garder le lien avec les amis, la famille, les collègues et les lecteurs de mes ouvrages. Twitter me sert quasi exclusivement à partager des évènements ou des informations professionnelles. J’évite le mélange des genres. 🙂

2 mai 2011

Alban Martin, auteur de Egocratie et Démocratie : la nécessité de Nouvelles Technologies Politiques, FYP, 2010, Maître de conférence associé au Celsa Paris IV Sorbonne et cofondateur du Social Media Club France, groupe de réflexion sur le rôle des médias sociaux dans la société

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