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Août 01

3 questions à … Michel Volle

Interview de Michel Volle

1. Qu’est-ce qui vous motive dans la réalisation de votre site volle.com : partage d’expérience ou réflexions pour éclairer les décideurs de demain ? Que pensez-vous de l’utilité des liens publicitaires d’AdSense ?

J’ai créé volle.com pour diffuser le contenu d’expertises produites pour des clients, mais qui me semblaient pouvoir être utiles pour d’autres entreprises. Evidemment il fallait les retoucher pour en ôter tout ce qui aurait pu identifier le client en question. Puis le site a évolué : il est devenu une petite maison d’édition personnelle, sur laquelle je publie mes comptes rendus de lecture, réflexions et résultats de recherche. Ainsi s’est accumulé progressivement le matériau que j’ai remanié pour composer De l’Informatique.

Le site est devenu ainsi un blog avant l’heure – Jean Kott dit même qu’il a été le premier des blogs. Il a des lecteurs assidus et je reçois souvent des messages d’encouragement (parfois aussi des messages critiques, mais ils sont étonnamment rares). Je diffuse une lettre à peu près mensuelle pour annoncer les nouvelles publications, la liste de diffusion comprend 1698 abonnés.

J’ai introduit les annonces AdSense parce qu’étant contextuelles elles apportent un plus aux lecteurs. Fondé sur la liste des mots que contient une page, AdSense peut bien sûr faire des contresens (une page consacrée aux moteurs de recherche a reçu des annonces pour des moteurs électriques, etc.), mais dans l’ensemble l’enrichissement ainsi apporté au site est réel. Et aussi les quelques dollars par jour que cela rapporte m’amusent, je l’avoue.

2. Votre approche transversale alliée à votre triple culture de statisticien, d’économiste et d’informaticien vous permet d’avoir un jugement critique pointu. Pensez-vous que les modèles sur l’économie d’Internet soient à présent viables ? Que pensez-vous rétrospectivement de votre étude sur le coût d’Internet ? Et quelles conclusions en faire aujourd’hui à l’aune des abonnements ADSL aux FAI, des spams et de la gratuité d’un bon nombre de sites et d’applications ?

L’étude sur le coût de l’Internet date évidemment (elle est de 1995). Sa conclusion a été confirmée par les faits : nous avons dit que l’Internet était économiquement viable, et il s’est effectivement développé.

La modélisation de l’architecture de l’Internet, à base de routeurs et de liaisons louées, reste exacte. Le résultat essentiel (baisse tendancielle du coût de l’Internet divisé par le nombre d’utilisateurs) s’appuyait sur les règles de dimensionnement associées à une anticipation de l’évolution du coût des unités d’oeuvre et du trafic par utilisateur. Il faudrait aujourd’hui vérifier si l’évolution de trafic individuel vers le haut débit, avec le transfert d’images vidéo, n’est pas de nature à renverser la tendance.

On peut se demander par exemple ce qui va se passer si l’image animée emprunte massivement l’Internet : si tout le monde veut regarder les « informations télévisées » sur le Web entre 20 h et 20 h 30, sera-t-il capable d’acheminer tout ce trafic ? (on peut bien sûr penser à des solutions de diffusion sur le Web…).

L’étude économique portait uniquement sur le réseau Internet, et non sur les serveurs ni, de façon plus générale, sur l’économie des services qui relève d’une « couche » OSI plus élevée. La question de la gratuité, des spams, etc. n’était pas considérée. La question que nous nous étions posée concernait uniquement la viabilité de l’infrastructure, non celle des services.

3. Enfin, quels messages voulez-vous transmettre aux acteurs qui participent au choix du SI de l’entreprise ?

Les acteurs qui participent au choix du SI se classent en trois catégories : les dirigeants ; les « métiers » de l’entreprise, maîtrises d’ouvrage ; la direction informatique.

À chacun son message :

– aux dirigeants, prendre conscience de l’enjeu stratégique que constitue l’informatisation de l’entreprise et de ses conséquences. L’automatisation de la production, ou l’assistance que l’automate apporte à l’être humain dans le processus de production ; la transformation des produits en alliages de biens et de services, qui en résulte ; la diversification de la production, corollaire de son automatisation ; la nécessité des partenariats, qui rend impérative l’interopérabilité du SI. Bref : l’informatique n’est pas un centre de coût, l’informatisation transforme l’organisation de l’entreprise, la nature de sa production et son positionnement sur le marché, ainsi que sa relation avec ses clients, fournisseurs et partenaires.

– aux maîtrises d’ouvrage : veiller à disposer d’un SI qui soit pertinent en regard des besoins professionnels, sobre car il convient de ne pas trop automatiser et que la complication coûte cher, et enfin cohérent parce que le désordre du SI (référentiels, procédures) entraîne le désordre et l’inefficacité de l’entreprise elle-même. Les maîtrises d’ouvrage doivent par ailleurs veiller à contrôler la qualité du poste de travail et son bon usage par les agents opérationnels, car c’est là que l’apport du SI se concrétise.

– à la direction informatique : susciter l’émergence d’une maîtrise d’ouvrage professionnalisée et qualifiée, car la qualité du SI dépend au premier chef de la qualité de la maîtrise d’ouvrage (cf. ci-dessus) ; se tenir au courant de l’état de l’art et savoir faire évoluer l’architecture informatique pour en tirer parti (notamment du logiciel libre), sans pour autant céder à la mode ni à la précipitation ; faire assurer par la direction de l’architecture une stricte discipline dans la réalisation des logiciels ; gérer attentivement les ressources humaines de la DSI afin de faire en sorte qu’elles sachent coopérer, et de pouvoir mettre des compétences élevées en face de celles des fournisseurs ; savoir gérer des frontières délicates : entre les compétences que l’on doit avoir soi-même et celles que l’on demande aux fournisseurs ; entre le progiciel (notamment l’ERP) et le spécifique ; entre ce que l’on fait soi-même et ce que l’on confie à l’infogérance.

1er août 2007

Michel Volle, statisticien, économiste, informaticien a contribué à l’organisation de la maîtrise d’ouvrage du système d’information de plusieurs entreprises, notamment Air France et l’ANPE. Il a également créé les entreprises Arcome et Eutelis spécialisées dans la conception de réseaux d’entreprise et de systèmes d’information. Son dernier ouvrage est « De l’informatique » chez Economica. Il analyse l’informatisation sous ses diverses facettes. La réflexion est poussée et constitue une référence que chaque acteur du SI se doit de posséder. Une description de ses travaux figure sur Wikipédia.

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